Le 23 avril, achACT, la CNE, la FGTB, Solidarité Mondiale, le CNCD et Oxfam ont mené une, d’action, Rue Neuve à Bruxelles. Deux couturières emprisonnées dans une cage symbolisent les travailleuses prises au piège dans leur usine. Elles appellent notamment IKEA, Abercrombie et The North Face à signer l’Accord 2018 sur la sécurité des usines au Bangladesh, et ainsi poursuivre le travail réalisé depuis cinq ans pour garantir la sécurité des travailleuses de l’habillement au Bangladesh.


Le 24 avril 2013, l’effondrement du Rana Plaza a provoqué une onde de choc. Le monde entier découvrait les conditions terribles dans lesquelles des femmes et des hommes fabriquent nos vêtements. Et tous les acteurs, autorités politiques-, enseignes d’habillement, propriétaires d’usines promettaient des changements radicaux et rapides, pour qu’une telle catastrophe ne soit plus possible. Cinq ans après, l’heure est au bilan… et encore à l’action.

Abercrombie, The North Face et IKEA doivent signer l’Accord sur la sécurité des usines.

Rapidement après la tragédie, les syndicats et les défenseurs des droits des travailleurs ont lancé l’ACCORD 2013 sur la prévention incendie et la sécurité des bâtiments, un contrat juridiquement contraignant visant à améliorer la sécurité au travail pour les travailleurs de l’habillement au Bangladesh. Grâce à la pression médiatique et militante, 220 marques et détaillants ont signé cet ACCORD avec les organisations syndicales du Bangladesh.

Durant les cinq années de sa mise en œuvre, l’ACCORD a amélioré la sécurité de 2 millions de travailleurs de la confection dans 1.631 usines. Les inspections des usines ont identifié plus de 130.000 problèmes de sécurité dans ces usines. Aujourd’hui, 84% de ces problèmes sont résolus. 142 usines ont mis en œuvre l’entièreté de leur plan d’actions correctrices et 767 ont corrigé 90% des problèmes identifiés.

Mais l’ACCORD signé en 2013 expirera en mai 2018. Dans le but de poursuivre et de pérenniser les avancées, d’étendre son champ d’action et de gérer la transition vers un système géré par les autorités du Bangladesh, une prolongation de 3 ans est nécessaire  : l’ACCORD 2018.

Plus de 140 entreprises ont déjà signé l’ACCORD 2018, dont sept entreprises belges : Cassis/Paprika, C&A, JBC, Bel&Bo, Bel Confect, Jogilo et Van der Erve.

Abercrombie, The North Face et IKEA
doivent également signer l’ACCORD 2018.
Agissez. Interpellez Abercrombie, The North Face et Ikea

Le gouvernement belge reste au balcon

Un message politique fort qui appelle toutes les entreprises belges qui s’approvisionnent au Bangladesh serait utile pour les convaincre à franchir le pas.

Pourtant, malgré l’engagement de soutenir l’Accord Bangladesh inscrit dans son « Plan d’action national Entreprises et Droits de l’Homme », le gouvernement fédéral belge reste silencieux. Contacté par achACT, la Schone Kleren Campagne et leurs organisations membres, le gouvernement fédéral renvoie directement vers les entreprises et le point de contact national OCDE, sans prendre position.

En 2014 déjà, le Point de contact national (PCN) belge de l’OCDE, avait invité l’ensemble des entreprises belges qui se fournissent au Bangladesh à signer l’Accord. Malheureusement, le conseil du PCN n’avait alors été suivi par aucune entreprise supplémentaire.

L’indemnisation des victimes : toujours pas de système légal au Bangladesh

Il aura fallu deux années de campagne de pression au niveau international, mais en 2015, les victimes de l’effondrement (plus de 5000 ayants droits) obtenaient la garantie d’être indemnisées conformément aux Conventions internationales de l’Organisation internationale du travail (OIT).

Ce système d’indemnisation innovant a été négocié entre les syndicats locaux et internationaux et des enseignes d’habillement, sous l’égide de l’OIT. Le fonds d’indemnisation est financé par des contributions financières d’entreprises du secteur. Il constitue un précédent et une base pour développer un système plus permanent d’assurance légale en cas d’accidents du travail.

L’enjeu est important. Selon l’OIT, 490 travailleurs ont été blessés et 30 autres tués dans l’industrie de l’habillement au Bangladesh depuis l’effondrement du Rana Plaza. Et les victimes de ces plus petites catastrophes moins médiatisées n’ont tout simplement aucune garantie d’être indemnisées.

Le seul moyen de garantir à tous les travailleurs de l’industrie de l’habillement du Bangladesh une indemnisation juste et équitable et qui couvre la perte de revenus, passe par la mise en place d’un régime légal d’assurance en cas d’accidents du travail.

En 2015, le gouvernement du Bangladesh s’était engagé à établir d’ici 2020 un tel régime national fondé sur les principes de la Convention 121 de l’OIT. Mais depuis, le gouvernement du Bangladesh peine à traduire son intention en actes concrets.

Si la création d’un tel régime est complexe et demande du temps, il y a aujourd’hui un réel risque que les efforts déployés pour établir les principes d’une indemnisation juste des victimes soient compromis si des mesures urgentes ne sont pas prises pour les traduire en un système permanent.

Par ailleurs, il est également crucial de créer à court terme une solution pour indemniser les victimes des accidents du travail survenus depuis l’effondrement du Rana Plaza.

C’est pourquoi, aujourd’hui, achACT et la Clean Clothes Campaign appellent le gouvernement du Bangladesh à mettre concrètement en place un système d’assurance légale en cas d’accident du travail et dans l’intervalle, à fournir une solution pour les victimes des catastrophes d’usines survenues depuis l’effondrement du Rana Plaza.

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