Carte d'identité

Secteur Chimie
Naissance 1863
Siège central Leverkusen(Allemagne)
Chiffre d'affaires 46,8 milliards d’euros
Bénéfice net 4,53 milliards d’euros
Production Produits chimiques, produits pharmaceutiques, insecticides
Effectifs 115.170 personnes
Site web http://www.bayer.com
Président Werner Baumann
Comité d'entreprise européen oui

Ratios 2016

 
Marge opérationnelle % 15,06
Taux de profitprofitIl s'agit du profit attribuable à la société, au groupe. Exemple : lorsqu'une filiale est détenue à hauteur de 50% par le groupe A, seuls 50% des profits de cette filiale est attribué au groupe A. On parle aussi du {{profit net du groupe}}. % 14, 94
Taux de solvabilité % 53, 34
Taux de dividende % 46, 92
Part salariale % 51, 29
Taux de productivité (€) 177.946
Fonds roulement net (€) 10, 3 milliards

Observatoire des Comptes

Bilan

Voir les données : Tableau

Télécharger les données : csv

Actionnariat du groupe 2017

Voir les données : Tableau

Télécharger les données : csv

Toutes les données

Télécharger les données


Nombre de salariés dans le groupe Bayer en Belgique en 2014 par site (en unités)

FirmeActivitéSiteEmploi
Bayer commercialisation Machelen 281
Bayer Cropscience biotechnologie Gand 458
Bayer Antwerpen chimie Anvers 820
Covestro (Bayer MaterialScience) plastiques Tielt 142
Groupe Bayer Allemagne 1701

Source : BNB, Centrale des bilans, 2014.

Historique

Bayer, la science et la compétitivité

Connue mondialement pour son aspirine la firme Bayer AG (Aktiengesellschaft pour compagnie publique) est aujourd’hui une multinationalemultinationaleEntreprise, généralement assez grande, qui opère et qui a des activités productives et commerciales dans plusieurs pays. Elle est composée habituellement d'une maison mère, où se trouve le siège social, et plusieurs filiales étrangères. (en anglais : multinational) parfaitement intégrée à l’économie mondiale. Partie des colorants elle s’est diversifiée avec des activités dans la santé, l’agriculture et la chimie au travers de ses nombreuses filiales. Bayer est également la 76e capitalisation boursière mondiale. L’entreprise allemande, présente aux quatre coins du monde, exerce une influence constante sur les législations nationales et internationales.

Lucas Courtin*

Avec l’acquisition récente de Monsanto - en attente de validation par les autorités de la concurrence des différents continents - la firme allemande contribue amplement à l’idée que la compétitivité des multinationales se joue à travers les fusions entre poids lourds. Fondée il y a 154 ans, Bayer a vécu au plus près de l’histoire chimique naissante, du développement industriel, de la globalisation et des troubles qui l’ont accompagné. Parti des colorants de synthèse le groupe est aujourd’hui très diversifié : médicaments et dispositifs de diagnostics, matériaux de base (chimie au sens large, plastiques de haute technologie), agriculture, usages domestiques... L’industrie chimique joue un rôle clé dans la gestion sanitaire et agro-alimentaire qui accompagne une croissance démographique mondiale sans précédent, de quoi garantir un marché durable aux entreprises capables de s’y associer. Retour en long sur le parcours d’un géant.

Industrie de l’innovation : des colorants aux produits thérapeutiques (1863-1914)

En 1863, dans l’actuelle Wuppertal, ville industrielle nord-rhénane, Friedrich Bayer et son ami Johann Friedrich Weskott réunissent leurs entreprises pour fonder Friedr. Bayer et comp. Opérant tous deux dans le secteur des colorants synthétiques (l’un marchand qui a déjà des clients à l’étranger et l’autre teinturier), ils s’engagent dans la production et la distribution de colorants pour textile. Les colorants synthétiques nouveaux, dérivés du charbon, permettent une baisse des coûts de production et donc des prix. De nombreuses fabriques voient alors le jour.

Contexte : L’Allemagne, qui sera unifiée en 1871, rattrape alors la Grande-Bretagne sur le plan industriel. Les années 1850 constituent une explosion de la productivité dans tous les domaines, la chimie naissante progressera à grands pas avec l’arrivée du vaccin et des molécules de synthèse et le pays d’Outre-Rhin dominera ce terrain longtemps. Le 19ème siècle aboutira à des progrès colossaux, en rupture avec 2000 ans d’histoire. Dans les années 1860, trente ans après les premières fabriques de drogues et alcaloïdes, plusieurs entreprises se lancent dans la préparation de formules conditionnées et prêtes à être vendues aux patients. La médecine qui se standardise, considérée comme un bien public, don de la nature à l’homme souffrant, va petit à petit devenir un commerce comme un autre. Dans la deuxième partie du XIXe siècle c’est effectivement un domaine où la morale joue son rôle. L’éthique impose que les découvertes médicales soient publiques et que les physiologistes en aient une utilisation humaniste, responsable. Les méthodes de marketing ou de publicité directe, les remèdes secrets, ventes à la sauvette et brevets sont mal perçus. Les docteurs et pharmaciens voient comme irresponsable la vente par des non-spécialistes et leur rôle d’intermédiaires entre producteur et client malade est extrêmement valorisé, et constitue en outre l’essentiel du marché thérapeutique jusqu’aux années 1920. Alors que la demande de santé des populations n’est pas satisfaite, les soins restent très coûteux dans la plupart des cas et les remèdes sont peu efficaces car majoritairement des traitements symptomatiques. La maladie est alors très redoutée dans les milieux populaires, s’ajoutant à la précarité des conditions de vie. Parallèlement aux pharmacopées officielles et leurs préparations magistrales des fabricants vendent des spécialités, remèdes originaux dont la formule est dérivée d’une formule inscrite dans une pharmacopée officielle.

Bayer entame sa production de colorants dans une cuisine et acquiert rapidement une fabrique à Wuppertal. Un ouvrier est engagé pour assister F.Weskott dans les préparations, tandis que F.Bayer se charge de la commercialisation. Dès 1865 la petite entreprise désigne un représentant commercial aux États-Unis. Elle y achète des fabriques de colorants vers lesquelles seront exportés des intermédiaires (substances utilisées pour la fabrication de produits finis). Bayer installe en 1867 des officines en Allemagne, en Suisse et en France, puis à Vienne et en Grande-Bretagne deux ans plus tard. Environ 20% de la production mondiale était réalisée par trois firmes allemandes un an plus tard : BASF, Hoescht (qui deviendra Aventis) et Bayer, l’Allemagne domine alors le marché des colorants. En 1869, grâce à la synthèse de l’azirine (pigment naturel) par BASF, Bayer va considérablement augmenter ses volumes de production. Alors que les découvertes n’étaient en effet pas protégées, la concurrence s’exerçait essentiellement sur les capacités de production et d’innovation qualitative. De nombreux produits américains furent notamment copiés et améliorés par l’industrie allemande. Significative de l’époque, la production de colorants passe en 1874 de 300kg à 3 tonnes par jour en l’espace de trois mois. Avec la révolution scientifique qui consiste à réunir la chimie organique et classique, la recherche et développement devient primordial et implique l’engagement de travailleurs qualifiés. Le recrutement qui se faisait chez les concurrents se tourne peu à peu vers les universités dont les cursus vont s’adapter à la demande des firmes.

Bayer possède en 1878 un portefeuille de 100 colorants. Des agences ouvrent un peu partout : en Belgique, puis à Roubaix (France) cette année-ci, aux Pays-Bas et en Chine en 1880. L’apparition des piluliers rotatifs mécaniques permet la production de pilules de qualité et de présentation constantes, dans des volumes de plus en plus importants. La période de 1873 à 1896 est cependant marquée par la grande dépressiondépressionPériode de crise qui perdure, avec une croissance économique lente et un chômage important. C'est l'équivalent d'une crise structurelle. (en anglais : depression). au niveau international [1]. Cette crise mettra en évidence l’interconnexion déjà très avancée des marchés mondiaux et l’Allemagne qui a vaincu la France lors du conflit Franco-Prussien de 1871 réalise que son modèle féodal ne répond plus aux attentes d’un monde social en restructuration, perturbé par l’industrialisation. Les retours sur investissement en baisse incitent les entreprises à exporter pour réduire la dépendance aux marchés domestiques : les exportations vont plus que tripler entre 1872 et la Première Guerre mondiale [2].

Si l’innovation est un facteur clé pour maintenir et développer sa position dans l’industrie chimique, les brevets en seront rapidement un autre. La première loi allemande concernant la protection intellectuelle des inventions scientifiques est édictée en 1877. Elle permet, moyennant redevance annuelle progressive, un monopolemonopoleentreprise qui détient une exclusivité dans la vente d'un produit. N'ayant pas de concurrent, elle peut fixer elle-même ses prix et obtenir une rente monopolistique. Par extension, on appelle monopole toute grande compagnie qui a un pouvoir tel sur le marché qu'elle agit presque comme un monopole. (en anglais : monopoly) de 17 ans sur le processus de fabrication d’un nouveau produit et de contracter des licences. Les procédés de fabrication sont alors connus de la concurrence, mais non exploitables sans autorisation ou contrat. Bien que Bayer dépose tardivement son premier brevet, l’entreprise prendra graduellement conscience de l’importance de se protéger et de surveiller la concurrence à travers ce nouvel outil. Entre 1887 et 1896 les brevets de colorants figurent en tête des dépôts [3]. Les industriels et avocats remplacent les fonctionnaires et économistes dans le processus de conception des brevets. Dans un contexte de crise et de montée du protectionnisme [4], le brevetage de la propriété intellectuellepropriété intellectuelleEnsemble des droits exclusifs accordés sur les créations intellectuelles liées à un auteur, dont un acteur économique (souvent une entreprise) se fait le représentant. (en anglais : intellectual property) est un moyen de soutenir les industries nationales.

Fr. Bayer décède en 1881, 5 ans après Fr. Weskott. Leurs familles (fils, beau-fils) reprennent et restructurent la firme en société par actions, désormais nommée Farbenfabriken vorm. Friedr Bayer & Co. Un choix important pour l’avenir de la société qui va désormais accueillir des investisseurs extérieurs et utiliser son capital de 5 millions de marks pour ne pas dépendre outre mesure des prêts bancaires. Un Conseil d’Administration et un Conseil de Surveillance sont créés. Bayer emploie alors 300 personnes, possède 256 fournisseurs et 2.588 clients dans le monde.

Bayer concentre en 1883 10% des ventes mondiales de colorants avec moins de 30 chimistes et une grande partie d’ouvriers chargés d’appliquer et contrôler les solutions. Carl Duisberg, issu du milieu populaire et chimiste ayant une formation commerciale, fait son entrée en 1884 dans l’entreprise. Il y tiendra un rôle important dans la recherche et les brevets. Une agence est cette année-là ouverte à Barcelone. Afin de produire des tracts, publicités et d’imprimer ses emballages, Bayer ouvre l’année suivante un office d’impression et de reliures. La publicité, réservée aux médecins, s’adresse peu à peu au grand public.

Les années 1880 marquent un tournant pour la firme. Face à une crise des colorants, elle se diversifie et s’oriente sur les substances thérapeutiques. Duisberg, conscient du marché, va réorienter la recherche vers la découverte de produits commercialisables. Il sensibilise l’entreprise à l’utilisation des brevets : l’évaluation systématique des dépôts de brevets de la concurrence débute en 1886.

Entre 1885 et 1891 le dividende versé par la compagnie atteint progressivement 18% des bénéfices. En 1888, Bayer découvre son premier produit pharmaceutique : l’analgésique phénacétine. Duisberg, qui avait compris le potentiel commercial des découvertes chimiques et de l’innovation, pousse le management à mettre en place un des laboratoires parmi les plus modernes et les plus coûteux de l’époque : le département pharmaceutique de Bayer est né. Les cursus universitaires s’adaptent alors de plus en plus aux besoins de l’industrie et le management des chimistes et des secteurs de recherche est délégué à des chercheurs qualifiés, dont fera partie Duisberg avant de grimper encore dans la hiérarchie. [5]

Bayer entre en 1891 dans un nouveau secteur, la photographie, avec la production de papier et de produits chimiques recouvrant. Le premier insecticide Bayer (Antinonnin) sort en 1892. Duisberg prend la tête du département « Recherche » tandis qu’un produit contre la diarrhée est lancé. Pour la première fois, le nombre d’employés pour la vente dépasse celui des chercheurs et techniciens confondus. Les agences éparpillées dans le monde sont converties en filiales, à commencer par celle de New York. Bayer emploie alors plus de 2.500 employés. La firme commercialise en 1900 une centaine de colorants et une quarantaine de produits pharmaceutiques. Un nouveau laboratoire de recherche pharmaceutique voit le jour à Wuppertal, une agence de vente est ouverte en Inde.

Concernant son rapport aux travailleurs Bayer octroyait en 1873 (dix ans avant la sécurité sociale de Bismarck) une pension maladie, et en cas de décès pour ses employés, un moyen de fidéliser ces derniers. Un peu plus tard, les journées de travail passent de 11 heures à 10 heures et demie et le salaire journalier est de 3,5 marks. La raison invoquée, au-delà d’une volonté (relative) de certains industriels « de résoudre les problèmes sociaux » [6], est de réduire le temps d’exposition des ouvriers aux produits toxiques, et par là les congés maladie. La première grève des travailleurs de la firme éclate en 1889 et la firme décidera de ne plus employer de syndiqués. La firme reconnait l’année suivante le rôle spécifique des chercheurs et en fait des salariés spécialisés, embauchés à vie : ils sont dès lors tenus de rédiger l’état de leur avancement quotidiennement, ne peuvent pas déposer de brevets à leurs noms malgré le paiement d’importantes primes (jusqu’à plusieurs salaires annuels) lorsqu’ils découvrent de nouveaux produits et n’ont en outre pas d’autonomie quant à la direction de leurs recherchesrecherchesCet indicateur comptabilise l'ensemble des dépenses que l'entreprise a consenti pour financer sa recherche. Ce chiffre comprend par exemple les salaires des chercheurs..

Effectifs de Bayer entre 1863 et 1913

Année 1863 1873 1878 1881 1892 1900 1913
Nombre d’employés 3 35 119 300 2500 5380 10000

L’Aspirine, synthétisée en 1897 par Felix Hoffman, l’un des médicaments les plus consommés au monde en 1913 et encore aujourd’hui, sera dès 1906 le produit le plus vendu par Bayer. La firme vante en 1898 ses produits par l’intermédiaire de tracts auprès de 30.000 médecins dans le monde. Cette méthode encore récente montre que la firme a vite compris l’intérêt de la communication pour ses affaires et tente alors d’augmenter sa notoriété. L’année 1898 marque également l’arrivée de l’héroïne, produite par Bayer, et qui aura un succès controversé du fait de son encadrement [7] tardif.

La qualité des produits thérapeutiques de Bayer fait alors le succès de la marque malgré des prix supérieurs à la concurrence. Des débats auront lieu sur la justification de certains tarifs, comparés à des produits génériques dont les effets sont jugés similaires.

Au tournant du siècle deux tiers des chimistes allemands sont encore employés dans l’industrie des colorants. Bayer est alors la deuxième firme chimique derrière BASF. Elle emploie 800 personnes dans ses bureaux et commerces, 145 chimistes, 35 ingénieurs et 4.400 ouvriers. La difficulté de dénicher des artisans compétents et la compétition qui s’installe sur ce marché du travail conduit la firme à ouvrir une école et un atelier de formation à Leverkusen. De nouveaux colorants sont découverts, accentuant la domination allemande sur le secteur.

Bayer, qui dépose en 1904 son logo en croix, produit alors désinfectants, insecticides, préservatifs, aniline… [8] La firme possède 18 filiales et fabriques principales dans le monde. Les portes de l’entreprise seront fermées aux travailleurs d’autres compagnies pour protéger sa propriété intellectuelle, mais aussi en raison des efforts consentis dans la formation universitaire désormais intimement liée aux besoins de l’industrie. Des méthodes de test et de contrôle des produits vont apparaître, se sophistiquer, gagner de l’importance dans le développement général du portefeuille de la marque : La modernisation suit son cours.

En 1905 et pour ne pas risquer de perdre des parts de marchés, Bayer entame une collaboration avec BASF et AGFA. Initié par Duisberg le Lower Rhine Consortium deviendra plus tard le cartel I.G Farben. Fritz Hofman, chimiste de la firme, entame l’année suivante des expérimentations qui déboucheront sur la production de caoutchouc artificiel : un tournant majeur qui conduira la recherche vers les plastiques dérivés de pétrole (polymérisation).

Un bureau d’information organise une veille de l’actualité scientifique pour les chercheurs de l’entreprise. Ils doivent en effet constamment être à jour sur les nouveaux procédés scientifiques aux applications multiples afin de ne pas manquer la prochaine innovation. La culture d’entreprise se développe au travers des conférences internes régulières pour solliciter la cohésion du personnel, parler travail y est proscrit.

Afin de garder les médecins et pharmaciens informés de sa gamme de produits, Bayer continue par ailleurs à émettre régulièrement des rapports et journaux spécialisés, le marketing joue un rôle grandissant.

La firme produit en 1907 67.000 tonnes d’acide sulfurique par an et développe un traitement contre l’hypertension, puis contre la lèpre. L’année suivante le premier caoutchouc synthétique voit le jour dans son enceinte. La journée de 8 heures est également introduite. En 1909, un traité signé avec les États-Unis permet à l’Allemagne de protéger ses brevets outre-Atlantique. Les États-Unis, alors en retard sur l’industrie chimique allemande, pourront donc importer plus de produits sans inquiéter les firmes d’Outre-Rhin qui en profitent aussi pour s’y implanter plus fortement. En 1910 un institut de recherche chimiothérapique est fondé en Allemagne. Des officines sont ouvertes au Japon et au Brésil en 1911.

Malgré sa croissance, Bayer demeure en ce début de 20ème siècle une entreprise familiale. Carl Rumpff, directeur du comité de gestion et beau-fils de Fr. Bayer, laisse sa place à Duisberg en 1912, lui-même marié à la fille de Rumpff. Le premier barbiturique est alors produit, le Luminal et les rapports que Bayer distribue pour présenter ses activités aux médecins et pharmaciens sont désormais diffusés en 9 langues (contre deux auparavant : l’allemand et le russe). Bayer dépose alors systématiquement des brevets pour ses nouveaux produits dans les pays où la firme est implantée.

80% des ventes de Bayer sont réalisées à l’exportation en 1913. La firme emploie 10.000 personnes, dont 1.000 à l’étranger. Le laboratoire de recherche principal, le département des colorants et le département des brevets sont déplacés à Leverkusen, siège de la firme depuis 1912. L’entreprise entame aussi un tournant important : le début de la recherche agro-chimique avec le développement de pesticides.

La Grande Guerre

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, les échanges à l’étranger sont fortement réduits. La Grande Guerre sera cependant l’occasion pour la chimie de déployer certains « talents ». Les premiers gaz toxiques utilisés sur les terrains ennemis, où les soldats pénètrent sans se rendre compte qu’ils sont pris au piège, sont développés au cours de cette période. Ces armes, dont l’utilisation est proscrite par les Traités signés à La Haye en 1899 et 1907, feront 1,3 million de victimes dont 100.000 morts. Plusieurs centaines de tonnes de gaz chloré sont libérées sur les champs de bataille provoquant brûlures de peau, irritation des bronches, asphyxie, hémorragies en tous genres… L’acide cyanhydrique fait des ravages en 1915. Le gaz moutarde allemand est utilisé pour la première fois en 1917.

Bayer a fourni les États-Unis en médicaments et colorants synthétiques depuis le début de la guerre, moyennant des prix en hausse croissante. Mise en difficulté par un blocus anglais, la firme demeure en position de force sur le nouveau continent avec ses brevets bloquant la concurrence. Six mois après l’entrée en guerre des États-Unis en avril 1917, le congrès américain vote cependant le Trading With The Enemy Act avec pour résultat, entre autres, la confiscation des brevets allemands dans le secteur de la médecine et la revente des avoirs de Bayer à Sterling Products Co. : un double coup porté à la firme qui ne peut dès lors plus exporter ni exploiter ses brevets tombés entre les mains de l’industrie chimique organique [9] des États-Unis qui doit rattraper son retard [10].

Au sortir de la guerre la domination allemande n’est plus : difficultés à l’exportation, saisie du savoir-faire… La compétition internationale se rééquilibre même si des monopoles et grandes firmes subsistent de par le monde. Tandis que la filiale russe de Bayer est expropriée avec la Révolution de 1917, le traité de Versailles fournit à l’industrie française des colorants, brevets et filiales, littéralement expropriées aux entreprises allemandes. Les ventes de Bayer en 1919 équivalaient à deux tiers de celles de l’année 1913, coup dur pour la firme dont les réserves financières sont épuisées par l’inflation. L’année de la première commercialisation de ses pesticides, aucun dividende n’est versé pour la seconde fois après 1885. L’innovation demande alors de plus en plus d’investissements ce qui empêche en revanche de nouveaux arrivants dans le secteur : l’essentiel des firmes qui dominent aujourd’hui le marché sont déjà présentes au tournant du siècle.

À partir des années 1920 les entreprises pharmaceutiques adoptent des méthodes de production fondées sur le savoir scientifique et ce au fur et à mesure que le protocole de préparation et suivi des médicaments se complexifie. La généralisation des systèmes de protection sociale favorise dans le même temps la croissance du marché des médicaments. Le médicament est désormais moderne, il ne traite plus les symptômes mais les causes de la maladie : les entreprises se spécialisent par exemple dans le traitement des maladies infectieuses ou des maladies parasitaires. En 1924 la situation économique pousse Bayer à licencier 3.000 employés, tout en augmentant le nombre de chimistes de 60 à 340.

Le cartel I.G. Farben

C’est cette même situation économique, la perte de compétitivité et la peur de subir des rachats inamicaux qui poussera les industriels de la chimie à s’orienter vers la cartellisation [11]. En 1925 une parenthèse de 27 ans s’ouvre avec la création du conglomérat I.G Farbenindustrie AG, futur leader mondial de l’industrie chimique. Le groupe cherche d’emblée à rétablir ses positions d’avant-guerre en se concentrant sur l’Europe, avec en tête que le commerce international peut être aussi intéressant que dangereux comme Bayer en a fait l’expérience à la fin de la guerre (expropriationexpropriationAction consistant à changer par la force le titre de propriété d'un actif. C'est habituellement le cas d'un État qui s'approprie d'un bien autrefois dans les mains du privé. (en anglais : expropriation) de brevets, perte de marchés…). Bayer est supprimé du registre commercial mais ses produits seront toujours commercialisés à son nom. Cette nouvelle firme est l’œuvre de Carl Duisberg (directeur de Bayer) et de Carl Bosch, (directeur du leader allemand de l’industrie chimique BASF). La synthèse du caoutchouc et le travail naissant sur les polymères pour les matériaux composites sont les secteurs de recherche principaux. La production de caoutchouc synthétique grimpera en flèche, passant de 150kg en 1917 à 96.000 tonnes en 1942. Le Pernuban, utilisé pour une meilleure performance des produits à base de pétrole et caoutchouc synthétique, est développé. Un accord en recherche et développement est par ailleurs trouvé avec la Standard Oil sur le pétrole et avec Goodyear sur le caoutchouc.

Si à sa création IG Farben était la plus grande entreprise allemande, ses actifs ne représentent que deux tiers de ceux de la firme états-unienne DuPont en 1929. À partir de 1927, un cartel international des colorants se dessine progressivement : la quasi-totalité des firmes productrices de colorants rejoindra le cartel à l’échelle mondiale. Les partenaires principaux d’IG Farben sont alors la France, la Suisse et le Royaume-Uni. Chaque participant reçoit une zone commerciale essentiellement en fonction des marchés nationaux qu’il convoite et lorsqu’il n’est pas à même de répondre à la demande, ce sont les firmes suisses et allemandes qui prennent le relai [12]. On découvre également des traitements contre la malaria, décisifs dans le contrôle géostratégique des zones intertropicales, et qui seront proposés sans succès à la Grande-Bretagne en échange de colonies asiatiques. Gerhard Domagk, employé par la firme, découvre l’effet thérapeutique des sulfamides, les premiers agents antimicrobiens de synthèse lancés sous le nom de « Prontosil », pour lequel il recevra le Prix Nobel de 1939. Malgré la remise en route du secteur chimique allemand entre 1926 et 1928 c’est au tour de la Grande Dépression de pointer son nez : la production et l’emploi chutent. Les sites de Leverkusen et Elberfeld qui employaient 12.450 personnes en 1929 sont réduits à 9.800 trois ans plus tard. IG Farben assure toutefois un chiffre d’affaires de 1,7 milliard de Reichmarks (RM) et emploie 160.000 personnes. 40% de la production de l’industrie pharmaceutique allemande est réalisée par le consortium en 1930. Un contrat signé avec le gouvernement garantit l’achat annuel de 350.000 tonnes de carburant synthétique.

En 1936 le Parti national-socialiste au pouvoir se prépare à la guerre. Quand celle-ci éclate finalement trois ans plus tard, les sites du Lower Rhine Consortium sont considérés comme vitaux pour l’économie de guerre, une aubaine pour les finances du secteur [13].

Les besoins pour l’effort de guerre croissent tandis que de plus en plus d’employés se voient enrôlés par l’armée. Des travailleurs des pays occupés furent forcés de rejoindre les rangs des fabriques de Leverkusen, Domagen, Elberfield et Uerdigen ainsi qu’à travers le reste de l’Allemagne : ces travailleurs ont compté jusqu’à 1/3 des effectifs d’IG Farben.

Durant l’occupation, IG Farben se fixe un objectif stratégique : renforcer sa position compétitive dans le monde de l’après-guerre [14].54% des ventes de colorants sont en 1938 réalisées à l’exportation et les recettes générées permettent des importations indispensables à la firme et au Reich (matériaux de base). IG Farben constitue une aubaine pour la quête autarcique allemande. Sous l’occupation, un bloc économique couvrant une zone allant de Bordeaux (France) à Santa Sofia (Italie) est mis en place et IG Farben tentera d’en occuper le leadership avec succès. La firme contrôle progressivement la moitié de l’industrie des colorants français, prenant ainsi sa revanche sur le diktat de Versailles. En 1942 le cartel tente la création d’une Union européenne du Caoutchouc avec des industriels français et italiens [15]. Ce cartel servira à rationaliser les besoins de production et renforcer les positions allemandes, on peut y voir un marché européen avant l’heure. La firme met au point le Zyklon B, initialement un pesticide, qui sera utilisé dans les chambres à gaz et des essais cliniques sont menés sur des prisonniers qui servent de cobayes. Les prisonniers des camps de concentration participeront également à l’effort de guerre : le cartel emploie 83.000 travailleurs forcés en 1944.

Pour le site de Leverkusen la guerre s’arrête le 14 avril 1945, avec l’arrivée des troupes américaines que l’armée britannique n’occupe la zone.

Le démantèlement d’IG Farben

À partir de 1948 le processus de démantèlement d’IG Farben débute sur le papier. Largement encadré par les Alliés qui souhaitent une décartellisation de la puissance industrielle, celui-ci intègrera également sans états d’âme d’anciens exécutifs ou collaborateurs de la firme, et inculpés à des peines de 6 mois à 6 ans d’emprisonnement au Tribunal de Nuremberg. Le but de la manœuvre alliée : repartir sur des bases saines où les Allemands sont traités à égalité. Cela ne sera réellement effectif que dans les années 1990, dans le cadre de la communauté européenne. Le modèle allemand est en effet considéré comme problématique en raison de son expansionnisme et de son potentiel économique déroutant pour les pays européens, mais va susciter la bienveillance américaine face à l’URSS, y compris justement dans l’optique de construire une communauté européenne. Des problèmes basiques comme l’approvisionnement de la population en médicaments et produits domestiques vont pousser les autorités à laisser la production reprendre. Divers groupes chargés de la transition sont constitués d’officiels des armées britanniques et états-uniennes mais aussi d’experts allemands, à l’instar de l’ancien leader de l’économie militaire Gustav Brecht et de l’ancien directeur d’IG Farben Oskar Löhr.

Ces derniers vont soutenir un démantèlement consistant principalement en une répartition entre les trois entités majeures du cartel : Bayer, BASF et Hoechst. Ni trop petites ni trop imposantes dans un marché relativement concurrentiel. Toutes trois récupèrent leurs actifs d’avant-guerre sur le territoire allemand et Bayer tire son épingle du jeu en 1952, lors de son retour officiel. Les actifs de la firme, contrairement à BASF, ont pour la plupart été épargnés par la guerre et la société sera aidée financièrement pour se remettre en route. Outre la possession de capitaux à hauteur de 387,7 millions de Deutschmarks (DM), Bayer convertit ses actions souscrites en Reichmarks en actions libellées en Deutschmarks à des taux préférentiels. Tandis que la nouvelle monnaie voit le jour en 1948, le taux de change pour acquérir le DM fraîchement battu se situe à 0,1 RM (soit 10 RM pour 1DM). Les actionnaires de Bayer, BASF et Hoescht reçoivent leurs nouvelles actions à un taux de change de 0,915, donc sans perte de valeur conséquente…

Une haute commission des Alliés décide finalement en 1955 de réautoriser les fusions entre les compagnies issues de l’I.G Farben démantelé et les exécutifs inculpés au Procès de Nuremberg (comme responsables des crimes de guerre) de reprendre leurs rôles au sein de ces compagnies [16].

Trente glorieuses et « miracle économique »

Bayer va peu à peu récupérer ses droits dans le monde, à l’exception des États-Unis où elle n’agira en son nom que des décennies plus tard, malgré des activités sur le territoire dès 1954. Bayer et Monsanto fondent en effet Mobay cette année là, dont la firme allemande assurera le contrôle par la suite. Ce partenariat permet à Monsanto d’accéder au savoir-faire alors supérieur de la firme allemande en matière de polyuréthane et de recherche sur le plastique tandis que Bayer dispose d’un point de chute aux États-Unis. Bayer fait également en 1957 une entrée gagnante dans le secteur pétrochmique, en fondant une entreprise avec la Deutsche BP. Une fabrique de polyuréthane est par ailleurs achetée au Brésil, suivie d’une autre au Japon pour fournir l’industrie automobile en revêtements.

Après deux guerres mondiales et la crise de 1929 les pays occidentaux mettent en œuvre des politiques keynésiennes. La mise en place parallèle des systèmes d’assurance sociale stimule la consommation de médicaments dès lors que la dépense n’incombe plus en totalité au malade. L’émergence de ce marché solvable est décisive pour les entreprises pharmaceutiques qui feront en sorte que leurs produits soient remboursés par les systèmes sociaux. Une hausse sensible de la consommation médicale contribue à l’amélioration de l’état sanitaire des populations et a des conséquences à plus long terme sur la situation démographique des pays. La notion de santé se modifie dans les années 1960 - accompagné par la restructuration du travail (procédés de production et techniques de management) et la consommation en hausse - et s’assimilera alors au bien-être physique et moral [17].

Au début des années 1950 les firmes pharmaceutiques allemandes participent au miracle économique et la cartellisation fait progressivement place aux investissements directs étrangers (IDE). L’aide matérielle massive du Plan Marshall participera à la forte croissance de ces décennies. À la fin des années 1950, la RFA est la seconde puissance économique mondiale et dans les années 1960 la firme affirme sa spécialisation dans les traitements des affections de la vue (Adaptinol), les maladies infectieuses, la douleur (Compralgyl), les maladies cardio-vasculaires. En 1963, Bayer emploie 80 000 personnes et son chiffre d’affaires s’élève à 4,7 milliards de DM. Un site sera lancé en Italie l’année suivante, puis à Anvers et encore en Espagne. Le développement de fibres carbonées comme le polyuréthane (Dralon), la protection des pousses, le thermoplastique Makrolon et de nouveaux colorants participent à l’expansion de la société.

En 1960, le scandale du thalidomide produit par Chemie Grünenthal, un concurrent de Bayer, va susciter une prise de conscience des autorités en ce qui concerne la réglementation préventive du marché des pharmaceutiques. Ce calmant prescrit aux femmes enceintes entraîne des milliers de malformations et de décès de nouveau-nés. Au-delà de ses bienfaits du progrès thérapeutique, le public prendra dès lors conscience qu’il peut également entraîner des catastrophes qui seront désormais mieux prévenues par l’instauration de contrôles plus sévères pour les nouveaux médicaments. Les gouvernements occidentaux exigeront alors des industriels qu’ils procèdent notamment à des essais de tératogenèse (dépistage des effets éventuels sur les enfants à naître) et de carcinogenèse (évaluation des risques de cancer).

Dans les années 1970, Bayer se classe parmi les 7 plus grands groupes pharmaceutiques mondiaux. En 1971 la firme devient une structure divisionnaire (composée d’unités autonomes) et adopte sa dénomination actuelle : Bayer AG. La première directive européenne sur le médicament est adoptée en 1965, traçant la voie d’un marché commun qui va se heurter aux intérêts et aux spécificités des marchés nationaux. Les marchés des antalgiques, du traitement contre le diabète, du traitement hormonal et des appareils cardio-vasculaires croissent alors le plus. Outre le rôle des systèmes sociaux cette évolution se traduit par la fréquence accrue des dégradations liées au mode de vie des pays industrialisés : stress et maladies cardiaques provoquées par une mauvaise hygiène quand bien même le confort et l’espérance de vie sont bouleversés. Le marché des spécialités, médicaments sans prescription qui font l’objet de publicité auprès du grand public, représente à cette période un quart du marché allemand.

La crise pétrolière de 1973 aura un impact conséquent sur l’industrie chimique, dont le prix des produits dérivés de pétrole va bondir. Malgré un contexte peu favorable, Bayer poursuit cependant son expansion en Europe de l’Ouest et aux États-Unis. Les années 1970 marquent également un tournant écologique pour la firme : les problèmes environnementaux émergent en effet dans les débats publics, et Bayer soignera son image notamment par l’achat en 1971 du plus grand site allemand de traitement des eaux industrielles usées. En 1980 la Tower Biology est érigée, utilisée dans le traitement des eaux usées de l’industrie biologique. Ces opérations se traduiront par des émissions toxiques en forte baisse :entre 1977 et 1985, les niveaux de métaux lourds dans les eaux usées sont réduits de façon drastique, ainsi que les émissions dans l’atmosphère qui sont réduites de 80%.Bayer Bayer décide également en 1987 de dépenser 3 milliards de DM pour la protection environnementale sur les années qui suivent.

Les acquisitions en 1974 de Cutter Laboratories Inc. et de Miles Laboratories Inc. quatre and plus tard vont permettre à Bayer de gagner des positions importantes dans le marché pharmaceutique étatsunien. Bayer étendra également sa base de production en Allemagne avec l’ouverture d’un nouveau site à Brunsbüttel qui par la suite vivra une expansion continue. Un centre de recherche pharmaceutique sera inauguré à West Haven dans le Connecticut au même moment. Bayer produit en 1975 le médicament cardiovasculaire Adalat et lance l’anti-fongicide Bayleton. Les ventes de produits pharmaceutiques, de protection des pousses, de plastiques et matériaux de revêtement augmentent considérablement au cours de ces années, particulièrement en Amérique du Nord et en Asie.

Bayer est en 1983 la troisième plus grosse firme chimique mondiale, derrière Du Pont et Hoeschst A.G. Des ventes autour de 13 milliards de dollars [18] permettent de faire rebondir les profits de la firme, dix fois supérieurs à ceux de l’année précédente. La surcapacité de production et le ralentissement de la demande, en raison notamment des prix du pétrole, rendaient la vie difficile à la firme qui cherche également à faire donner plus d’importance au marché américain [19]. Bayer possède alors environ 150 000 clients dans le monde [20] et 2,5 milliards de DM sont investis dans la recherche et développement.

En 1987 78% des ventes du groupe sont réalisées à l’étranger où se trouvent 45% de ses employés. Sous la direction du PDG Herman Joseph Strenger en 1986, Bayer fait l’acquisition de Hermann C. Starck GmbH, un fournisseur clé de métaux spéciaux et de céramique haute performance. Le controversé antibiotique Ciprobay est également lancé. En 1988, lors de son 125e anniversaire, Bayer est un des 5 principaux vendeurs de produits chimiques aux États-Unis et son chiffre d’affaires global atteint les 40 milliards de DM, tandis que la compagnie emploie plus de 165.000 personnes.

Le marché commun

Au sortir de la guerre le projet de communauté européenne prend forme malgré les difficultés partisanes d’une Europe détruite et divisée. Si les entreprises sont dans un premier temps exclues des discussions, car jugées trop nationalistes, la tendance s’inversera peu à peu. Le Traité de Rome qui instaurera la Communauté Economique Européenne (CEE) sera en effet accueilli favorablement pas les associations d’industriels. La communauté européenne, qui adopte rapidement des dogmes libéraux perçus comme utiles à la puissance européenne dans le monde, mettra cependant du temps à mettre tout le monde d’accord. D’abord critiquée par sa petitesse (6 pays), du point de vue des firmes notamment, elle aura également du mal à fédérer les intérêts commerciaux de groupes concurrents. Nous parlons ici du point de vue des industriels. L’ouverture libérale est en effet à double tranchant : d’un côté elle permet de prendre des parts de marché, en risquant d’en perdre de l’autre. Il s’agira pour les grands groupes d’un risque relativisé par leur domination préalable et leur capacité d’investissement et d’adaptation.

Les industriels allemands sont alors représentés par la Bundesverband der Deutschen Industrie (BDI) et Bundesverband der Deutschen Arbeitgeberverbände (BDA) au sein de l’UNICE [21], Union des industries de la Communauté Européenne, et qui demeurera longtemps une petite organisation à cause de son manque de fédération interne, miroir de la concurrence des firmes européennes. En 1980 l’organisation ne compte que sept salariés dont une majorité de Belges et un allemand. Les industries nationales préfèrent envoyer leurs propres délégations. La BDI est cependant reconnue comme la plus influente association patronale à Bruxelles ce qui s’explique par le fait que l’industrie allemande (RFA) est fédérée et parle d’une seule voix ce qui confère à la BDI une autorité forte. Celle-ci servira essentiellement à surveiller la lente évolution de législation de l’industrie européenne. Une autre association industrielle européenne, le Conseil Européen des Fédérations de l’Industrie Chimique (CEFIC), est dominée par le secteur allemand à travers la Verband der Chemischen Industrie (VCI), mieux financée et coordonnée. En 1965 le système de vote unanime mis en place dans les institutions européennes encourage l’industrie allemande à concentrer son action sur son propre gouvernement et retarde l’intérêt des grands groupes pour Bruxelles : le biais national est alors largement privilégié par le secteur privé dans ses efforts pour influencer la législation européenne, celle-ci n’aura cependant que peu d’intérêt pendant de longues années aux yeux des industriels allemands.

L’essor économique de l’époque n’incite encore ni l’industrie allemande ni celle des autres pays membres à considérer le projet européen comme prioritaire, mais plutôt comme une opportunité parmi d’autres [22]. Jusque-là l’Allemagne, et ses industries se contentent essentiellement du droit de véto allemand. Dominante, l’industrie allemande ne voit également pas l’intérêt de participer à des discussions qui vont diluer cette supériorité. Le projet européen est moins soutenu pour des raisons économiques que politiques et psychologiques car la période nazie demeure encore ancrée dans les mémoires et l’Allemagne ne dispose alors que de peu de crédit sur la scène politique internationale et se contente donc de faire figure de « good european » [23].

À partir des années 1980 l’Allemagne retrouve cependant progressivement le concert des nations et les sociétés transnationales montent en puissance dans l’économie européenne. La création de l’European Round Table (ERT) [24] en 1983 marquera une étape dans la voie vers l’Union européenne des grands groupes. La concertation sociale et démocratique fait place aux consensus controversés de la société civile dominée par les multinationales et les banques privées [25], et dont les politiciens seront la clé de voute de cette transition. Manfred Schneider, PDG de Bayer dans les années 1990, siègera à l’ERT en 1996.

Bayer fonde également en 1992 l’European Forum qui rassemble les employés et employeurs des pays européens où Bayer possède ses plus larges filiales. Réunissant des travailleurs français, italiens, anglais, espagnols et belges, ce forum permettra d’exporter le modèle allemand de coopération en matière de relations industrielles (capacité de fédérer les entreprises et d’avoir une relation de stabilité entre le patronat et les syndicats). Bayer l’année suivante ouvre un bureau de représentation à Bruxelles, perçu comme une atteinte à l’autorité de la BDI : les firmes allemandes outrepassent pour la première fois les associations sectorielles et nationales allemandes pour s’adresser directement aux institutions européennes, une approche anglo-saxonne, qui consiste à coordonner les activités de lobbying de firmes européennes est aussitôt progressivement déployée.

Selon Herman Strenger, PDG de Bayer entre 1984 et 1991, l’année 1990 a amené plus de changements que toute autre période des récentes décennies. La réunification de l’Allemagne, l’élargissement du marché européen à 370 millions de personnes et la reconstruction d’une économie de marché dans les pays de l’Est constituent ces changements fontamentaux [26].

Le « nouveau Bayer » et ses restructurations

Bayer fera en 1990 l’une des acquisitions les plus importantes de son histoire avec l’achat de la société canadienne Polysar Rubber Corporation : Bayer devient le premier fournisseur de matériaux bruts pour l’industrie du caoutchouc synthétique. Un site est ouvert en Allemagne de l’Est pour produire de l’Aspirine en 1994, signe de bonne santé post-réunification. L’Europe constitue alors 67% des ventes de Bayer et la firme est le neuvième groupe chimique mondial [27]. Pierre angulaire de la firme, l’acquisition de Sterling Winthrop aux États-Unis rend à Bayer le droit d’opérer sous son propre nom : Miles Inc. rachetée plus tôt est renommée Bayer Corporation. En addition des centres de recherche pharmaceutique présents à Wuppertal et dans le Connecticut, Bayer s’implante au Japon, via sa filiale Bayer Yakutin Ltd.

À partir de 2001 le nouveau PDG Werner Wenning entame une restructuration de la firme. Différents scandales pousseront également ce changement majeur (voir plus bas). Deux acquisitions fondatrices et une épuration des produits à faible marge ont composé le « New Bayer » [28]. La stratégie de diversification des activités de la firme lui permet d’opérer sur différents terrains prometteurs en termes d’innovation et avec un budget de R&D de 2 milliards d’euros, Bayer est le plus gros investisseur privé allemand dans la recherche.

En l’an 2000, l’acquisition de Lyondell Chemical Company aux États-Unis, un fournisseur de polyol pour des mousses telles que le polyester, fait de Bayer le plus grand producteur de polyuréthanes au monde, position incontestée encore aujourd’hui. La firme devient également leader dans la protection des pousses avec l’acquisition d’Aventis CropScience pour 7,1 milliards d’euros en 2001, plus grosse acquisition de l’histoire de Bayer jusqu’ici. Bayer est cette année là organisée en holding et de nouvelles filiales sont établies sous sa tutelle.

Bayer CropScience AG est lancée en octobre en tant que premier sous-groupe légalement indépendant de Bayer. Les mêmes opérations ont lieu en 2003 pour Bayer Chemicals AG, Bayer HealthCare AG, Bayer Technology Services GmbH, Bayer MaterialScience AG, Bayer Business Services Gmbh, Bayer Industry Services GmbH & Co. OHG.

Réduire les coûts est un des objectifs de cette restructuration qui rationalise la production, ce qui passe par des vagues de licenciement : 14.000 en 2001 et 5.300 en 2003 dont 300 postes dans la chimie, 1.200 dans le département CropScience, 2.300 dans le département HealthCare et 1.500 dans les polymères [29].

La firme deviendra l’année suivante l’un des 3 premiers fournisseurs mondiaux de médicaments sans prescription avec l’acquisition du Consumer Health Business de Roche. Le Nevaxar, un ingrédient actif développé par Bayer HealthCare et Onyx Pharmaceuticals pour le traitement du cancer du rein est alors approuvé par la US Food and Drug Administration. Bayer poursuit alors les acquisitions [30] : Icon Genetics AG qui découvre de nouvelles méthodes de développement et d’utilisation de plantes génétiquement modifiées (2006). Schering AG, dont Bayer possède 92,4% des actions, est rebaptisée Bayer Schering Pharma AG et intégrée à la division Bayer HealthCare (2007). Bayer CropScience fait l’acquisition d’Athenix Corp aux États-Unis, une société de biotechnologies. Bayer cèdera également à Siemens AG rachète alors le département de diagnostiques de la filiale Bayer HealthCare pour 4,2 milliards d’euros.

Un nouvel anticoagulant (Xarelto) développé par le groupe remporte le German Future Prize. Bayer est en 2010 leader des moyens de contraception hormonaux. Une usine pilote, Dream Production, est lancée avec pour objectif de produire des plastiques de haute technologie à partir de dioxyde de carbone. Pour les 150 ans de la firme célébrés en 2013, Bayer sort le grand jeu avec un événement international (50 pays) orienté sur le slogan « a better life » dérivé en chanson, un repas pour ses 100.000 employés et la participation notable d’Angela Merkel (qui fut un temps chimiste). Le groupe joue alors un rôle majeur dans l’industrie du management végétal et en 2015 Bayer MaterialScience opère sous le nom de Covestro, une filiale désormais indépendante de Bayer AG, qui fait une entrée remarquée en bourse.

Une histoire teintée de scandales
Le parcours de Bayer a été marqué par des participations aux efforts de guerre et plus récemment par divers scandales touchant à des médicaments défaillants, à des participations douteuses aux programmes humanitaires et un positionnement particulier sur le rôle des entreprises dans le développement social, pour ne pas citer les ententes avec d’autres firmes en vue de conserver ses monopoles. Un collectif s’est même formé pour dénoncer ces faits et en dresse une liste exhaustive : le « Collectif contre les méfaits de Bayer » (CBG) [31]. Nous retiendrons ici ses importations de cobalt en provenance de RDC qui alimentent la guerre civile en 1996 [32] ; le lancement de médicaments comme la Ciproxine ou le Lipobay malgré des dangers potentiels [33] ; la vente de produits périmés ou mal conditionnés aux pays en développement, après qu’ils fussent interdits en Europe ; le développement de pesticides nocifs pour les abeilles ainsi que le système nerveux des agriculteurs [34] ; la vente de produits toxiques à des agriculteurs insuffisamment équipés et mis en garde pour leur manipulation [35] ; l’exploitation de travailleurs dans les pays en développement [36] ; des ententes sur les prix, la production de génériques [37] ; le brevetage du vivant [38] ; des participations douteuses à des programmes humanitaires [39] ; du lobbying controversé [40].

Pour finir…

Le groupe Bayer réalise en 2015 un chiffre d’affaires de 46 milliards d’euros d’abord grâce aux ventes produits, pharmaceutiques, puis de produits chimiques et enfin de produits de management agricole. 116.800 personnes y sont employées avec une majorité en Europe et en Asie, suivies des deux Amériques.

Le marché de demain est prometteur en termes de profits potentiels pour Bayer qui espère se développer dans l’agrochimie et proposer un service complet, des semences aux engrais, en passant par les pesticides et des services de conseil aux agriculteurs. Le secteur de la santé est aussi en ligne de mire pour Bayer : 80% de la population mondiale provient des pays émergents dont une grande partie ne dispose pas encore de couverture médicale. La Chine comptait à elle seule un tiers de la croissance des dépenses pharmaceutiques entre 2012 et 2017 et Beijing vise la couverture universelle d’ici à 2020, gros marché en vue. La FAO (Food and Agriculture Organization) prévoit une augmentation d’un tiers de la production mondiale de céréales entre 2000 et 2050, ainsi qu’un doublement de la demande carnée [41], les trois quarts de cette demande générale viendra des pays en développement.

L’année 2016 se solde par l’acquisition de Monsanto pour 66 milliards de dollars [42], autre firme au passé sulfureux (Round Up, OGMs, lobbying...). Si elle doit encore être validée par les autorités de la concurrence, cette fusion donnera une position dominante à Bayer dans les semences mondiales et la placera au deuxième rang des firmes de l’industrie chimique, derrière BASF.

*Stagiaire Gresea, mars 2017

Lucas Courtin, "Bayer", Gresea, mars 2017, texte disponible à l’adresse : http://www.mirador-multinationales.be/secteurs/chimie/article/bayer


[1Crise économique alors conséquence de la libéralisation bancaire, du crédit spéculatif et de l’étalon-or introduit aux États-Unis qui fait chuter l’argent métal employé dans les Etats-Européens.

[2ABELSHAUSER Werner, The Dynamics of German Industry, Germany’s path toward the New Economy and the American Challenge, Breghahn Books (2005), Chapter : From Liberalism to the coordinated Production Regime

[3JOCHEN Streb, BATEN Jörg et YIN Shuxi, The Economic History Review, New Series, Vol. 59, No. 2 (may 2006), pp. 347-373

[4GILGEN David, Historical Social Research / Historische Sozialforschung, Vol. 36, No. 3 (137), Change of Markets and Market Societies : Concepts and Case Studies / Wandel von Märkten und Marktgesellschaften : Konzepte und Fallstudien (2011), pp. 99-111

[5MEYER-THUROW Georg, The Industrialization of Invention : A Case Study from the German Chemical Industry, The University of Chicago Press on behalf of The History of Science Society, Isis, Vol/ 73, No. 3, (Septembre 1982), pp. 363-381

[6VERG Eryk, Milestones, The Bayer Story 1863-1988, Bayer AG, Leverkusen, West Germany, Août 1988, p. 166

[7Supposée lutter contre les bronchites, tuberculoses et les toux pour les enfants, la substance a aussi une autre finalité. Aux États-Unis, la guerre de Sécession a entraîné une consommation massive de morphine par des milliers de soldats estropiés et devenus dépendants. L’héroïne, produite à partir de morphine, est vendue comme produit de substitution à la morphine, prétendument sans effet addictif (comble de l’ironie, un produit pour traiter l’addiction à celle-ci finira par être développé par la firme dans les années 1960…). Des dégâts considérables amèneront les autorités à interdire la substance en libre accès en 1914. Étant distribuée à des consommateurs non avertis, elle sera utilisée pour tout et n’importe quoi, sur des bébés par exemple, lorsque leurs mères n’arrivent pas à les contrôler, ce qui entraînera de nombreux décès outre l’utilisation excessive et fatale qu’en font des usagers plus avertis. Rappelons qu’à l’époque, une drogue comme la cocaïne est vendue librement en pharmacie.

[8MEYER-THUROW Georg, op. cit.

[9Jusque-là, la chimie organique concerne le vivant que l’on distingue des substances minérales. Mais la recherche du XIXe siècle mettra peu à peu en évidence les liens entre structures réelles des composés et formules développées. Les premières synthèses de matière organique (synthèse de l’urée par Friedrich Whöhler en 1828) à partir de matières minérales marquent le début de la chimie organique moderne, et notamment de la recherche sur le carbone.

[10COOPER Dale, Pharmacy in History, Vol. 54, No. 1 (2012), pp. 3-32

[11La cartellisation consiste pour différentes entreprises à s’associer et se répartir des secteurs de distribution ou de production. Cela peut prendre la forme d’accords ou de formation de nouvelles entités légales.

[12HARM G. Schröter ,The German Question, the Unification of Europe, and the European Market Strategies of Germany’s Chemical and Electrical Industries, 1900-1992, The Business History Review, Vol. 67, No. 3, German Business History (Autumn, 1993), pp. 369-405 


[13Bien que les industriels aient su parfaitement mettre à profit cette sombre période, il semble qu’une sympathie spontanée ne caractérise pas leur affiliation au nazisme, malgré le financement du parti national socialiste. Si l’éradication du mouvement ouvrier d’alors fut saluée, les industriels de premier plan, dans la chimie et l’électrotechnique, n’étaient pas tentés par l’idéologie nazie. Bien que de nombreux chefs d’entreprises donnèrent leur approbation sur des questions de régulation du marché du travail, le soutient actif au nazisme vint surtout d’une jeune génération cherchant à se faire une place, et à qui le nazisme offrit des perspectives de réussite qu’elle n’aurait sans doute pas eue sans cela. Les marges de manœuvre des industriels furent peu à peu réduites par le pouvoir : planification, exploitation intensive du droit, de l’argent et de la sphère d’influence publique. On note à l’époque l’exode de nombreux chercheurs qui fuiront le nouveau régime, parmi lesquels une grande partie de juifs. (PLUMPE Werner, « Les entreprises sous le nazisme : bilan intermédiaire », Histoire, économie & société 2005/4 (24e année), p. 453-472.).

[14HAYES Peter, La stratégie industrielle de l’I G Farben en France occupée, Histoire, Économie et Société, Vol. 11, No. 3, STRATEGIES INDUSTRIELLES SOUS L’OCCUPATION (3e trimestre 1992), pp. 493-514


[15KOERNER Francis, Guerres mondiales et conflits contemporains, No. 240, La réalité face aux mythes (Octobre 2010), pp. 43-61

[17CHAVEAU Sophie, Histoire, Economie et Société, Vol. 17, No. 1, INDUSTRIALISATION ET SOCIETE EN EUROPE OCCIDENTALE (1880-1970) : NOUVEAUX APERCUS (Janvier-mars 1998), pp. 49-81

[20VERG Eryk, op. cit. p. 543

[21La fédération patronale européenne des industries qui deviendra Business Europe en 2007.

[22Pour preuve de ce manque d’engagement, on peut noter que les multinationales américaines avaient en 1967 investi dans le marché commun comparativement plus que tous les pays européens combinés. Face à cette menace, la Commission Européenne, en principe peu encline à laisser des monopoles s’établir sur le marché commun, va voir d’un nouvel œil les fusions-acquisitions. Les multinationales vont peu à peu prendre le large sur les législateurs, et les moyens de pressions vont se développer en s’inspirant des pratiques américaines. Le lobbying s’arme d’experts qui participeront à la législation en aidant à la rédaction, fournissant des informations… En 1977, des dirigeants de grandes compagnies sont officiellement et pour la première fois recrutés pour discuter des stratégies européennes, en partie pour résorber les troubles économiques de l’époque.

[23COWLES, Maria Green. “German Big Business and Brussels : Learning to Play the European Game.” German Politics & Society, vol. 14, no. 3 (40), 1996, pp. 73–107.

[24Fondée par le chef exécutif de Volvo, un de ses premiers objectifs est de promouvoir une infrastructure transeuropéenne et de développer un marché unique renforçant la position des firmes européennes face aux États-Unis et au Japon. Elle entraînera surtout un tournant néo-libéral entrainé par la financiarisation et ses prises de positions constitueront la clé du projet de marché commun. L’Acte unique européen de 1986, le traité de Maastricht de 1992 et le livre blanc de Jacques Delors sur l’emploi et la compétitivité de 1993 en seront directement inspirés. L’Etat social est directement remis en question par les doctrines libérales qui font converger la souveraineté des états-nations vers une gouvernance technocratique à plusieurs niveaux.

[25« À l’Europe que la pensée de banquier veut à toute force nous imposer, il s’agit d’opposer non, comme certains, un refus nationaliste de l’Europe, mais un refus progressiste de l’Europe néolibérale des banques et des banquiers. Ceux-ci ont intérêt à faire croire que tout refus de l’Europe qu’ils nous proposent est un refus de l’Europe tout court. Refuser l’Europe des banques, c’est refuser la pensée de banquier qui, sous couvert de néolibéralisme, fait de l’argent la mesure de toutes choses, de la valeur des hommes et des femmes sur le marché du travail et, de proche en proche, dans toutes les dimensions de l’existence. La résistance à l’Europe des banquiers […] ne peut être qu’européenne. » (Pierre Bourdieu, 1997)

[26COWLES, Maria Green, op. cit.

[28WASSENER Bettina, Chief is confident of revamp at « New Bayer » http://www.ft.com/cms/s/1/de3d6570-dc47-11d9-819f-00000e2511c8.html?ft_site=falcon&desktop=true

[30WASSENER Bettina, Chief is confident of revamp at « New Bayer » http://www.ft.com/cms/s/1/de3d6570-dc47-11d9-819f-00000e2511c8.html?ft_site=falcon&desktop=true

[36Au Guatemala, Indonésie, Afrique du Sud… certains travailleurs intoxiqués sont licenciés sur le champ.

[38Greepeance, The true cost of Gene Patents. 2004

Ligne du temps