Que les ressorts de la fusion d’Arcelor et de Mittal, au terme de l’OPA hostile lancée début 2006 par ce dernier, étaient essentiellement d’ordre spéculatif, voilà une chose bien connue. Interviewé à la date anniversaire du raid, l’ex-administrateur-délégué d’Arcelor, Guy Dollé, aura à cet égard des paroles d’or. Lorsqu’une offre publique d’achat hostile est lancée contre une entreprise, dit-il, "la structure de l’actionnariat se modifie. Ce n’est plus l’avenir de l’entreprise qui les intéresse, mais uniquement l’opération en tant que telle. Pour eux, un euro de plus est crucial. Résultat, le rachat d’une entreprise peut être décidé en l’espace d’une semaine. Durant les six mois [qu’a durée l’OPA], la totalité du capital d’Arcelor a changé de mains. C’est gigantesque." Il faut s’y arrêter un instant. L’ensemble des actionnaires d’Arcelor – ses propriétaires – se sont donc empressés de vendre, pour gagner un peu d’argent, et les acheteurs – les nouveaux propriétaires – idem : opération spéculative, gagner un peu d’argent. Le sort d’Arcelor ? Sans importance. Un peu plus loin, Dollé ajoute qu’une "entreprise doit chercher à disposer d’un noyau stable d’actionnaires qui se reconnaît bien dans la stratégie de l’entreprise". Là, c’est un homme de passé qui parle. Le capitalisme ne fonctionne plus comme cela.

Source : Tijd, 27 janvier 2007.