Le 28 janvier 2009, en marge du Forum économique de Davos, la Déclaration de Berne (ONG suisse) remettait ses "Oscars annuels de la honte" aux multinationales les moins "responsables", mais également un prix positif récompensant cette fois deux syndicalistes colombiens. Freddy Lozano et Jairo Quiroz Delgado, militants de Sintracarbon, luttent depuis plusieurs années pour l’amélioration des conditions de travail des mineurs et s’engagent pour la défense des intérêts des communautés voisines de la plus grande mine à ciel ouvert du monde, El Cerrejon. Depuis 2006, cette mine de charbon est exploitée par la société Carbones del Cerrejon Limited, une façade derrière laquelle on retrouve les géants miniers : Xstrata (Suisse), Anglo American (Grande-Bretagne) et BHP Billiton (Australie). Ce consortium multinational s’est peu à peu imposé dans l’extraction du charbon à El Cerrejon, à partir de 2000, à la faveur de la privatisation du complexe. Jusqu’en 2006 et malgré l’adhésion des trois multinationales au Global Compact ("code éthique" des Nations unies), la mine mérite plutôt le nom de mouroir – pour les travailleurs (800 mineurs intoxiqués) comme pour les communautés locales (pollution de l’environnement). Selon les indices de pauvreté des Nations unies, les habitants des villages aux alentours peuvent être qualifiés de "morts vivants". En effet, leur environnement ne réunit plus, selon les indicateurs de l’ONU, les conditions minimales de survie… Néanmoins, grâce à la constitution d’un vaste réseau de soutien international, les deux syndicalistes ont contraint les actionnaires majoritaires au dialogue social. Résultat : le consortium est disposé à reloger les personnes déplacées et le syndicat doit être consulté sur les projets de déplacements de population futurs. De plus, une commission indépendante est chargée d’examiner les conséquences sociales de l’extraction minière. Enfin, le plus grand fait d’armes des deux hommes est sans doute la reconnaissance par la firme (et donc, par les trois multinationales) des effets négatifs indirects de son activité sur les communautés environnantes. Dans le contexte colombien, amener trois multinationales à la table des négociations est déjà une gageure et tout autre avancée sociale peut être considérée comme une victoire.

Source : Public Eye Award 2009 de la Déclaration de Berne à l’adresse : http://www.evb.ch/fr/p15080.html Voir également la déclaration du CETIM au Conseil des droits de l’homme des Nations Unies sur la situation des droits humains à Cerrejon en 2007 : http://www.askonline.ch/themen/dokumenten/Declaration%20Cerrejon.09.07.pdf