Afin de faire passer les investissements directs étrangers (IDE) dans le secteur minier à 6 % du PIB d’ici les dix prochaines années, le gouvernement colombien a dépensé, selon le Financial Times du 6 avril 2010, plus de 5 milliards de dollars pour l’aménagement des infrastructures liées au secteur, soit plus du double des dépenses dédiées à celles du transport et dix fois plus que celles liées au logement. Entre 1999 et 2009, les IDE sont passés de 463 millions à 3 milliards de dollars, rendant réaliste l’objectif des 6%. Aujourd’hui, ce sont principalement trois grandes transnationales minières qui, directement ou via leurs filiales, se partagent le secteur : AngloGold Ashanti, Greystar et Muriel Mining Corporation (MMC). Mais à quel prix ?
En 2000, le conflit armé que connaît la Colombie avait obligé des communautés indigènes, notamment le peuple Embera Katio, à fuir leurs terres ancestrales dans le nord-ouest du pays. Dix ans plus tard, ils subissent, selon le porte-parole de l’organisation indigène d’Antioquia, un nouveau déplacement forcé. Attentats, blocus, menaces, assassinats et persécutions sont monnaie courante pour les délégués syndicaux en première ligne, mais aussi pour toute personne participant à la résistance populaire contre les multinationales de l’extraction minière ou tout simplement pour qui se trouve au mauvais endroit comme ce devait être le cas pour l’enfant de 18 mois mort dans le bombardement de la demeure familiale par les forces armées colombiennes en début de cette année 2010. Par ailleurs, l’exploitation des ressources naturelles risque fortement de porter atteinte aux écosystèmes locaux, menaçant notamment le réseau hydrique. Ravages économiques, sociaux et environnementaux sont le prix à payer pour que les transnationales puissent extraire le platine, l’uranium, le molybdène, le coltan et bien sûr l’or, grâce au gouvernement colombien qui les soutient du mieux qu’il peut.

Source:Le Monde diplomatique de juillet 2010, p.14 et 15