Les économies des pays émergents ont connu une croissance exceptionnelle dans les années 2000 au point que certains économistes ont crû qu’elles échapperaient à la crise financière et à la récession mondiale. En pointe parmi les pays émergents figurent le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine – les BRICs. Mais une douzaine d’autres économies émergentes gardent une croissance assez soutenue pendant la crise. L’investissement direct étranger sortant (IDES) de ces pays a moins attiré l’attention et les commentaires que leur croissance économique, alors qu’il est en pleine expansion pendant que la crise a fait chuter l’IDEIDEAcquisition d'une entreprise ou création d'une filiale à l'étranger. Officiellement, lorsqu'une société achète 10% au moins d'une compagnie, on appelle cela un IDE (investissement direct à l'étranger). Lorsque c'est moins de 10%, c'est considéré comme un placement à l'étranger. (en anglais : foreign direct investment) total dans le monde. C’est l’une des manifestations de la résilience à la crise des pays émergents. Les firmes multinationales (FMN) qui aujourd’hui croissent le plus vite ne sont plus celles basées dans les pays développés. Ce sont celles des pays émergents. Est-ce surprenant ? Non.

Wladimir Andreff
Professeur émérite à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne, Honorary Member (and former president) of the European Association for Comparative Economic Studies, Honorary President of the International Association of Sports Economists and of the European Sports Economics Association, Président du Conseil scientifique de l’Observatoire de l’économie du sport, Ministère des sports.

En effet, une célèbre théorie économique de l’IDEIDEAcquisition d'une entreprise ou création d'une filiale à l'étranger. Officiellement, lorsqu'une société achète 10% au moins d'une compagnie, on appelle cela un IDE (investissement direct à l'étranger). Lorsque c'est moins de 10%, c'est considéré comme un placement à l'étranger. (en anglais : foreign direct investment), due à John Dunning (1981 & 1988 ; Dunning et Narula, 1998), connue comme étant le modèle IDP (investment development path), explique que celui-ci évolue en fonction du niveau de développement économique de chaque pays. Dans une première étape, quand un pays est sous-développé, il reçoit peu d’investissements directs en provenance de l’étranger (IDE entrant) et lui-même n’investit pas à l’étranger (pas d’IDES). Lors d’une seconde étape, devenu pays en développement, un pays devient attractif pour des IDE entrant sur son territoire mais réalise encore peu d’IDES ; il est importateur net d’IDE (importation d’IDE entrant plus grande que son exportation d’IDES). En une troisième phase, grâce à ses nouvelles compétences technologiques et à son faible coût unitaire du travail, un pays émerge comme investisseur de plus en plus significatif à l’étranger, même s’il reçoit encore plus d’IDE entrant qu’il n’émet d’IDES (il demeure importateur net d’IDE). C’est ce que l’on constate actuellement pour les pays émergents et les BRICs ; ils atteignent ou approchent ce troisième stade de développement économique, y compris par leur IDE. Cet aspect de la théorie de Dunning a déjà été vérifié à l’aide de tests économétriques (dont Andreff, 2003). Dans une quatrième étape, un pays développé investit beaucoup plus à l’étranger qu’il n’est investi par des firmes étrangères (il est exportateur net d’IDE). Un stade final est atteint, celui de la société postindustrielle, quand un pays, alors parmi les plus développés du monde, équilibre à peu près son IDES et son IDE entrant, comme c’est le cas des États-Unis par exemple.

L’expansion des FMN originaires des pays émergents n’est donc pas seulement un indice du bon comportement de ces pays pendant la crise, après une phase de forte croissance économique dans la décennie 2000, c’est aussi un phénomène plus qualitatif désignant leur passage à un stade de développement plus élevé et plus proche de celui des pays développés. On peut donc s’attendre à constater certaines similarités entre les FMN des pays émergents et leurs stratégies d’investissement à l’étranger.

Le papier examine d’abord l’IDES des FMN originaires des quatre BRICs au sujet desquelles il existe une littérature croissante ces dernières années (1). Puis on sélectionne un échantillon des autres pays émergents très actifs en matière d’IDES pour l’heure très peu étudiés quant à leurs FMN (2). La dernière section (3) mène une première analyse comparative (inexistante à ce jour dans la littérature) des FMN de cette nouvelle vague d’investisseurs à l’étranger basés dans les pays émergents, par-delà les quatre BRICs.

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